Relions tous les âges dans des territoires engagés !
Pour les 75 ans de la Semaine Bleue, quoi de plus naturel que de valoriser les relations et les liens intergénérationnels, garants d’une société plus inclusive et plus solidaire ? C’est en partant de la volonté de lutter contre les situations de précarité extrême et d’exclusion subies par celles et ceux que l’on appelait alors les « vieillards » que les associations et organisations caritatives ont organisé, en 1951, la première « Journée nationale des vieillards », devenue au fil du temps la Semaine Bleue.
Dans les années 1970, la collecte sur la voie publique qui caractérisait jusque-là cette journée —et qui permettait de financer les aides et l’assistance apportées par les associations. — a été abandonnée. La lutte contre la misère, que connaissaient nombre de personnes âgées jusqu’à l’instauration du minimum vieillesse en 1954, a progressivement cédé la priorité à la nécessité de prévenir et de combattre un autre fléau : l’isolement social.
Cette thématique était déjà au cœur de la Semaine Bleue dès 1984. Aujourd’hui, l’isolement social des personnes âgées est largement documenté, notamment par le baromètre publié tous les quatre ans par les Petits Frères des Pauvres. L’édition 2025 s’avère particulièrement alarmante. Loin de régresser au lendemain de la crise sanitaire du Covid-19, le phénomène continue de progresser, au point de concerner près de 2 millions de personnes âgées de plus de 60 ans qui n’ont plus, ou très peu, de relations avec leur famille ou leurs amis, dont 750 000 sont en situation de « mort sociale », contre 500 000 en 2021.
Prévenir ce fléau de l’isolement social, qui menace l’autonomie et la qualité de vie des aînés, conduit naturellement à cultiver les relations intergénérationnelles. Quel que soit l’âge, la relation aux autres générations constitue un puissant facteur d’équilibre, de reconnaissance et de bien-être. Le repli des classes d’âge sur elles-mêmes, dans un entre-soi croissant, peut nourrir l’incompréhension et l’intolérance, voire accentuer les tensions entre les générations.
Trop souvent présentés comme des nantis, les aînés issus du baby-boom de l’après-guerre refusent les représentations réductrices dont ils peuvent faire l’objet et expriment leur volonté de participer pleinement à la vie sociale, culturelle et citoyenne de leur territoire. Le dernier rapport du Conseil de l’âge du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, consacré à la participation et à la contribution économique, sociale et environnementale des seniors, atteste de la place déterminante qu’occupent les personnes âgées dans la vie économique et sociale.
Qu’il s’agisse de l’aide apportée à l’entourage familial, ascendant comme descendant, ou de l’engagement associatif, leur contribution est considérable, même si certaines formes d’engagement tendent aujourd’hui à s’affaiblir.
Faut-il pour autant conclure que le lien social est en crise ? Selon l’historien Pierre Rosanvallon, la restauration du lien social repose sur trois piliers : la confiance, la légitimité et l’autorité — trois dimensions qui se retrouvent au cœur des relations entre générations. La Semaine Bleue 2026 doit être l’occasion de multiplier les actions et les événements intergénérationnels impliquant tous les âges de la vie, et pas seulement les plus jeunes et les plus âgés.
Certaines initiatives peuvent contribuer particulièrement à illustrer cette ambition. Les « Marches Bleues », organisées en ouverture ou en clôture de la Semaine Bleue, sont tout particulièrement attendues lorsqu’elles s’ouvrent à toutes les générations. Elles permettent de rendre visibles celles et ceux dont l’âge ou les limitations fonctionnelles les tiennent trop souvent à l’écart de la vie sociale.
Les créations culturelles de toute nature — expositions photographiques, projets artistiques, créations théâtrales ou autres — auront vocation à être conçues et réalisées dans une dynamique véritablement intergénérationnelle.
Les ateliers créatifs ou récréatifs, tout comme les forums et débats, seront également bienvenus pour sensibiliser les habitants des territoires aux enjeux et impacts de la transition démographique, ainsi qu’aux aux réalités du vieillissement et de la vieillesse.
Quel que soit votre programme d’actions, vous êtes invités à faire vivre, au cœur de vos territoires, la vitalité et la persistance des solidarités entre les âges.